1000 Degrés

Épisode

8

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Les autres pistes

“Il a pété un cable et le spécialiste des explosifs c’est bien lui !”

Pendant plusieurs mois, les journalistes Adèle Humbert et Emilie Denètre ont travaillé sur une ancienne affaire judiciaire. 1000 Degrés est le premier podcast d’enquête français.



Durée : 
28
min.
16.11.2020
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Les autres pistes

Les experts en écritures

Dans cet épisode, nous avons retrouvé le policier qui a travaillé en premier sur l’étiquette du colis piégé en la comparant aux écrits divers de Daniel Massé. Il a conclu qu’il était probable que Daniel Massé soit l’auteur de l’étiquette. Nommé en contre-expertise, un autre binôme d’experts aboutira au même résultat un an plus tard. Enfin, une experte nommée par la Défense exclura quant à elle la responsabilité de Daniel Massé.

Patrick Rouger et Philippe Laborie sont policiers au laboratoire de Police Scientifique de Toulouse (LPS). Ils sont les premiers à travailler sur l’étiquette manuscrite du colis piégé, retrouvée presque intacte. Ils sont mandatés par le juge d’instruction le 23 décembre 1994 et ont donc pour mission de comparer cette étiquette avec certains écrits de Daniel Massé, notamment le contrat de 1990 rédigé de sa main, mais aussi des phrases ou mots retrouvés dans son agenda en cuir. Les experts travaillent sur les originaux, que cela soit l’étiquette ou les écrits de Daniel Massé. Ils rendent leur rapport le 7 mars 1995 et concluent que Daniel Massé est « probablement » l’auteur de l’étiquette.  

En juin 1995, les avocats de Daniel Massé contestent les conclusions de l’expertise et un second binôme d’experts est nommé. Il s’agit de Mmes Lescat et Buisson-Debar. Elles n’appartiennent pas à la police mais sont expertes auprès des tribunaux. Elles vont travailler sur les mêmes pièces que les policiers du laboratoire de police scientifique – les originaux – mais vont aller plus loin en demandant à ce que Daniel Massé reproduise le texte exact qui était écrit sur l’étiquette du colis piégé, à savoir l’adresse de Medilens. Ces nouveaux écrits de comparaison sont réalisés chez le juge d’instruction. Mais ce dernier ne demande pas à Daniel Massé d’écrire en lettres capitales ou script, comme cela était le cas sur l’étiquette du colis.

Daniel Massé a été soumis à un test d’écriture qui consistait à réécrire l’adresse de Medilens sur un format identique à celui de l’étiquette du colis piégé

Un an plus tard, le 4 juin 1996, les deux expertes estiment que « l’écriture de question est volontairement ralentie et artificielle [ndlr : celle du colis piégé] », mais que « de nombreuses similitudes graphiques avec les écrits de comparaison se retrouvent cependant [ndlr : les essais de Daniel Massé] », mais surtout « aucune divergence synonyme d’incompatibilité n’apparaît ». Elles concluent donc que Daniel Massé est  « très probablement » l’auteur de l’étiquette du colis piégé.

“Le regret qu’on peut avoir, c’est qu’il n’a pas été demandé à Daniel Massé de réécrire en lettres scriptes. Il a écrit en lettres cursives. Donc on a une perte d’informations...

Avant le second procès d’appel de Montauban, Me Forget, l’un des deux avocats de Daniel Massé sollicite une experte basée à Paris. Il lui demande de comparer les écrits de Daniel Massé aux restes de l’étiquette du colis piégé mais comme il ne s’agit pas d’une expertise judiciaire mais d’une expertise privée, Evelyne Marganne n’a pas accès aux documents originaux, elle travaille donc à partir des photocopies des écrits.
Dans son rapport, rendu le 15 octobre 2003, elle exclut le fait que Daniel Massé puisse être l’auteur de l’étiquette du colis piégé car il y a trop de différences entre l’écriture spontanée de Daniel Massé et celle retrouvée sur l’étiquette du colis piégé. À notre micro, elle reconnaît néanmoins que la mauvaise qualité des photocopies sur lesquelles elle a travaillé aurait dû l’inciter à refuser cette expertise.

Test d’écriture de Daniel Massé réalisé à la gendarmerie de Portet-Sur-Garonne immédiatement après l’explosion, le 16 décembre 1994.
Au total, cinq experts se sont penchés sur l’étiquette manuscrite du colis piégé pour la comparer avec les écrits de Daniel Massé. Pour quatre d’entre deux, Daniel Massé est « probablement » ou « très probablement » l’auteur de l’étiquette. Seule Evelyne Marganne exclut cette possibilité.
Mais on peut remarquer que le juge d’instruction n’a jamais demandé aux experts de comparer l’étiquette du colis piégé avec les essais en écriture faits par Daniel Massé à la gendarmerie, le 16 décembre 1994. Les gendarmes avaient pourtant pris soin de faire écrire l’adresse de Medilens à Daniel Massé en lettres capitales, et avec un feutre à pointe large. Deux caractéristiques que l’on retrouve dans l’étiquette du colis piégé et qui auraient sans doute permis aux experts d’avoir un matériau plus pertinent à comparer.



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