1000 Degrés

Épisode

2

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Le mobile

“On a reconstitué un puzzle complet”

Pendant plusieurs mois, les journalistes Adèle Humbert et Emilie Denètre ont travaillé sur une ancienne affaire judiciaire. 1000 Degrés est le premier podcast d’enquête français.




Durée : 
16
min.
16.11.2020
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Le mobile

Les perquisitions des gendarmes

En décembre 1994, les gendarmes effectuent deux perquisitions au domicile de Daniel Massé. La première, avec lui, le jour des faits. La seconde, le lendemain matin, en présence seulement de sa femme Renée. Beaucoup d’objets ont été placés sous scellés, mais au fil des analyses des experts, on s’aperçoit que seuls quelques-uns présentent de réelles similitudes avec les composants du colis piégé.  
         Tout ce qui est saisi chez Daniel Massé les 16 et 17 décembre 1994 :

Le 16 décembre 1994, lors de son interpellation au Lycée Bellevue, Daniel Massé est en possession d’une mallette. Les éléments contenus dedans sont placés sous scellés pour les besoins de l’enquête : on y trouve son CV, un agenda de 1993, une vieille carte de visite de Medilens avec l’ancienne adresse mais le bon numéro de téléphone, ainsi que des feuilles dactylographiées portant sur une invention de cartouche-cadenas visant à sécuriser les fusils de chasse, ainsi qu’une feuille volante sur laquelle est notée des séries de codes. Il s’agit de catégories d’inventions et de brevets répertoriés par l’INPI, l’institut national de la propriété industrielle.
À 16H15, les gendarmes le conduisent à son domicile qu’ils perquisitionnent. Ils saisissent le dossier de plainte contre Medilens qu’ils trouvent dans le salon et une bouteille de vin ordinaire avec un bouchon plastique rouge, « Cuvée du patron », dans la cuisine.

Le lendemain, le 17 décembre 1994, à 8h15, en présence de Renée Massé, les gendarmes se focalisent cette fois-ci sur le garage. Ils emportent avec eux :
-       un bidon d’acétone ;
-       un bidon de norsodyne ;
-       une boîte de cosses électriques;
-       des charnières ;
-       des gants rouge ;
-       une bombe de peinture aérosol de marque ALTONA ;
-       des feutres de marque ONYX et BAIGNOL ;
-       un branchement électrique ;
-       une batterie de marque MAZDA ;
-       une corde avec des nœuds ;
-       deux bombes de peinture aérosol de marque ALTONA et WURTH ;
-       un rouleau de fils rouge ;
-       un diluant de marque DUCO
-       des vis cruciformes 4X40 mm ;
-       un contacteur noir de marque CROUZET ;
-       une boîte de vernis noir de marque NOIRÉMAIL ;
-       une boîte de colle néoprène de marque Mr. BRICOLAGE ;
-       du polystyrène ;
-       un morceau de contre-plaqué de 8 mm d’épaisseur ;
-       une planche d’aggloméré de 16 mm d’épaisseur.

         Ce que les expertises vont démontrer :
Dès le mois de janvier 1995, ces objets vont être envoyés au laboratoire de police scientifique de Toulouse pour y être analysés :  
-       À la lecture de la pièce cotée D321, qui est le rapport d’expertise final de Daniel Van Schendel, expert judiciaire et de Dominique Deharo chef de la section Incendie-Explosion au laboratoire de Police Scientifique de Toulouse (LPS- Toulouse), on apprend donc que les vis retrouvées chez Daniel Massé ne correspondent pas à celles utilisées dans le colis piégé et que le fil électrique rouge saisi n’est pas identique, tout comme la plaque d’aggloméré, qui n’a pas la même épaisseur.
-       Le rapport d’expertise coté D39 et réalisé par Claude Galey du LPS de Toulouse indique que les colles retrouvées chez Daniel Massé ne correspondent pas aux substances retrouvées sur les débris du colis piégé. De même, les marqueurs noirs saisis au domicile des Massé ne sont pas de la même composition chimique que le feutre ayant servi à écrire l’adresse de Medilens sur le colis. Le vernis noir est également différent.
-       Quant aux peintures : la bombe aérosol de marque ALTONA du scellé 72, et celle de marque WURTH du scellé 77 présentent « des caractéristiques physico-chimique différentes de la substance noire ayant servi à réaliser les lettres de la caisse, objet du scellé 20 ».
-       En revanche, l’expert Galey note des similitudes avec l’autre bombe de peinture aérosol ALTONA. Il note : « la peinture noire de marque ALTONA objet du scellé 77 a une composition élémentaire qualitative identique à celle ayant servi à tracer les lettres sur la caisse (scellé 20) ». Il cherche alors à aller plus loin en utilisant un spectomètre infrarouge pour comparer les composés chimiques des deux substances. Il écrit : « la peinture noire de marque ALTONA objet du scellé 77 présente un spectre infrarouge proche de celui de la substance noire, objet du scellé 20 ».
Mais dans ses conclusions, il explique qu’il ne peut pas mettre en œuvre d’autres techniques plus poussées, car la peinture noire utilisée dans le colis piégé a été presque entièrement absorbée par le bois. Il conclut donc que les deux substances mises en comparaison n’ont pas pu être « différenciées » par les techniques d’analyse.

-       Enfin, on peut noter que le contacteur électrique de marque CROUZET retrouvé chez Daniel Massé est identique à celui utilisé dans le colis piégé. Il s’agit du modèle 83 112 qui peut fonctionner grâce à deux systèmes : l’un à bille, l’autre à levier. Ces deux « variations » (bille et levier) sont présentes dans le colis piégé. Le contacteur CROUZET retrouvé chez Daniel Massé était en revanche « nu », c’est à dire qu’il lui manquait l’une des deux pièces (levier ou bille) pour le rendre opérant.
         Ce que dit Daniel Massé aux gendarmes :
Dès le 16 décembre, Daniel Massé est interrogé par les gendarmes sur les objets saisis chez lui, notamment sur le microrupteur CROUZET.
Il répond que c’est du matériel de récupération qu’il a pris dans son ancienne entreprise SOTEREM. Daniel Massé explique que c’est une pièce électrique très courante qui sert « à ouvrir et à fermer le contact d’une machine ou d’un vérin ». Il ajoute que ce contacteur traînait dans l’établi du garage depuis plusieurs années.
Quant à la bouteille de vin ordinaire au bouchon rouge [ndlr : les bouteilles de verre utilisées dans le colis piégé avaient un bouchon plastique rouge] Daniel Massé détaille son usage à la maison « je m’en sers pour transporter le vin depuis le cubis. Celle-ci a été achetée par ma femme à Intermarché. Quand elle est sale, je la change. »
Il revient enfin sur son invention de cartouche-cadenas. Il explique qu’il avait, entre autres, pris en note le code de la rubrique « explosif » de l’INPI car il recherchait « un panel de sociétés pour [son] projet d’obturateur et de cartouche. » Ce fait, non relevé à l’époque par les gendarmes, sera déterminant lors de son troisième procès.

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