1000 Degrés

Épisode

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Prologue

“Monsieur Massé, je sais que c’est vous et vous savez que je le sais.” 

Pendant plusieurs mois, les journalistes Adèle Humbert et Emilie Denètre ont travaillé sur une ancienne affaire judiciaire. 1000 Degrés est le premier podcast d’enquête français.



Durée : 
9
min.
16.11.2020
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Prologue

Une “boule de feu” de près de 1000°

Le mécanisme de mise à feu de l’engin incendiaire.

M. et Mme Hernandez ont raconté avoir entendu une « explosion » au moment de l’ouverture du colis, pourtant l’analyse des experts a démontré que ce n’est pas la déflagration qui a causé leurs blessures (principalement des brûlures) mais l’inflammation des vapeurs d’essence. En clair : le colis piégé de Portet-sur-Garonne n’était pas une bombe mais un engin incendiaire. C’est le procédé de mise à feu qui diffère…
« C’est un mode opératoire très particulier qui implique un certain degré de préméditation. »
Environ 5 mois après l’attentat, Daniel Van Schendel, expert judiciaire près la Cour d’Appel de Toulouse, et Dominique Deharo, chef de la section Incendie-Explosion au laboratoire de Police Scientifique de Toulouse (LPS- Toulouse), remettent leur premier « pré-rapport » au juge d’instruction en charge de l’affaire du colis piégé. Même si ce document est succinct (5 pages), on peut déjà y trouver toute une série d’informations concernant le fonctionnement du colis, avec notamment en annexe un « croquis » dessiné à la main. Les experts proposent ainsi une première « reconstitution » du mode opératoire.

Un circuit électrique en guise de « détonateur »
Premier point important : ils livrent la description d’un « système de mise à feu » fonctionnant grâce à une batterie 12 volts, deux contacteurs électriques et « un élément initiateur explosif inconnu, placé vraisemblablement à l’intérieur d’un conteneur métallique ». On comprend dès lors que ce qui a joué le rôle de « détonateur » dans le colis piégé et qui a permis d’« initier » la charge explosive primaire – inconnue au départ des investigations – est donc un simple courant électrique.

Ainsi, le mécanisme de mise à feu est le suivant :
1- M. Hernandez dévisse les vis de la boîte et soulève le couvercle ;
2- Au moment où le couvercle est levé, les deux contacteurs électriques placés sur le rebord supérieur de la boîte se ferment et laissent passer le courant branché sur la batterie 12 volts ;
3- Le courant qui circule échauffe alors un fil de cuivre qui devient rouge ;
4- Cet échauffement  – un peu comme le filament d’ampoule – provoque la mise à feu de la charge explosive (les experts ont démontré quelques mois plus tard qu’il s’agissait de poudre à pétard) qui était placée dans un tube en métal au milieu des bouteilles de verre remplies d’essence ;
5- Cette « explosion » provoque l’éclatement des bouteilles, les vapeurs d’essence s’enflamment immédiatement ;
6- Et c’est alors une boule de feu de plus de 1000 degrés qui saute au visage des époux Hernandez, « avec un effet Napalm ».

Aussi, même si M. et Mme Hernandez ont entendu le bruit d’une explosion, c’est bien le souffle incendiaire qui les a blessés. Les experts parlent d’ailleurs dans leurs différents rapports « d’un engin incendiaire » et non d’une « bombe ». Autre constat : tous les composants du colis piégé sont trouvables dans le commerce ou dans l’industrie. Il n’y pas par exemple de TNT…  
L’épissure et la drisse de portage
Dans leur rapport, les experts évoquent un autre élément intéressant : la présence, selon eux, d’un système de sécurité qui a permis à l’auteur du colis de le confectionner, tout en minimisant les risques de déclenchement intempestif, et ce même lorsque le couvercle de la boîte était ouvert !
Pour ce faire, l’auteur a imaginé un système d’épissure électrique. En clair, il a « coupé » son circuit électrique et a fait ressortir les deux bouts de fils à l’extérieur de la boîte, via un trou fait dans l’une des parois. Et ce n’est qu’au dernier moment - juste avant le transport estiment les experts - que l’instigateur a relié les deux bouts de fil ensemble en les tressant et en les entourant d’adhésif. Il ne lui restait plus ensuite qu’à faire rentrer le « fil relié » dans la boîte en le repoussant avec le doigt par le trou percé. Les experts ont fait cette déduction car le « trou » dans la paroi avait exactement le « diamètre d’un doigt ».
Deux autres détails montrent le degré de préparation de l’instigateur du colis : il avait prévu une drisse de portage – une cordelette – pour faciliter son transport ; il avait enfin pris soin  de peindre sur le couvercle de la caisse deux pictogrammes de tournevis noirs afin d’indiquer précisément à ses victimes les vis qu’elles devaient retirer en priorité … pour déclencher le courant électrique.

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