1000 Degrés

Épisode

3

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Le colis de Paris

“Daniel Massé nous a agacés parce qu’on n’arrivait pas à trouver la clé” 

Pendant plusieurs mois, les journalistes Adèle Humbert et Emilie Denètre ont travaillé sur une ancienne affaire judiciaire. 1000 Degrés est le premier podcast d’enquête français.



Durée : 
13
min.
16.11.2020
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Le colis de Paris

QUI EST L’AUTEUR DU COLIS PIÉGÉ DE PARIS ?

Dans l’épisode 3, nous apprenons qu’un autre colis piégé a explosé dans la soirée du 16 décembre 1994… à Paris ! Si la piste « Massé » a été rapidement écartée dans l’affaire parisienne, le dossier - confié au juge d’instruction Jean-Louis Bruguière – a été classé sans suite en 1997, sans que l’on ait su qui était à l’origine de cet attentat.
Il est 22 heures, le 16 décembre 1994, au centre de tri de la Poste du Louvre (dans le 1er arrondissement de Paris) lorsqu’une explosion survient. L’inspecteur Lionel Gauthier arrive sur place ; les pompiers sont toujours à l’œuvre… « Des flammes s’échappent encore des sacs, plusieurs plis continuent de se consommer » écrit-il dans son procès-verbal.

Des similitudes
Les deux principaux témoins sont immédiatement interrogés. Ils racontent la scène. Le postier Alain Borie explique qu’il venait de jeter un sac postal sur « la goulotte » destiné au Val-de-Marne (94) [ndlr : une sorte de tapis roulant] lorsque l’explosion a eu lieu « avec un bruit et une odeur similaire à celle d’un gros pétard ». Son collègue, Yannick Le Cadet, qui se trouvait à 5 ou 6 mètres du quai de chargement, décrit quant à lui « une boule de feu avec une sensation de souffle ».
Par chance, aucun des deux postiers n’est blessé par l’explosion. Les dégâts sont ici matériels. Après l’intervention des pompiers, la scène est gelée et les experts de l’identité judiciaire sont appelés sur place.
Les artificiers indiquent qu’il s’agit très probablement d’un « engin incendiaire » fonctionnant avec un système de mise à feu électrique à piles. Une boîte contenant des lentilles de contact est retrouvée à proximité. D’autres débris plus ou moins calcinés sont ramassés et envoyés au laboratoire d’analyse.
Les similitudes avec le colis de Portet-sur-Garonne, qui a explosé 14 heures auparavant, sont frappantes. Les policiers parisiens font immédiatement le lien. Ils décident donc de joindre la brigade de Portet-sur-Garonne pour leur faire part de cette nouvelle explosion. Par là même, ils apprennent que les gendarmes ont déjà un suspect en garde à vue : Daniel Massé !

         Des impossibilités :
Mais, très vite, la piste « Massé » se dégonfle ! En effet, selon les informations recueillies par les enquêteurs parisiens, le colis qui a explosé à la Poste du Louvre à 22 heures a forcément été expédié le jour même (le 16 décembre) depuis l’un des quatre premiers arrondissements de la capitale. À ce moment-là, Daniel Massé était sous la garde des gendarmes de Portet-sur-Garonne. Cela ne peut pas être lui ! Les enquêteurs de la brigade criminelle de Paris poursuivent alors leurs recherches dans d’autres directions.
Ils s’appuient notamment sur les débris retrouvés dans le sac postal explosé. La boîte contenant les lentilles de contact les intéresse particulièrement. Les techniciens parviennent à reconstituer l’étiquette portant le nom de l’expéditeur : un certain M. Lecerf. Les policiers lui rendent visite et l’interrogent. L’homme leur raconte alors qu’il a simplement renvoyé ses lentilles de contact à Essilor pour les changer, et c’est « Malika », employée de l’entreprise, ajoute-t-il, qui lui a indiqué la marche à suivre.
Encore une fausse piste… M. Lecerf est mis hors de cause. Mais les enquêteurs ne lâchent pas. Ils essaient de deviner à qui ce colis pouvait bien être destiné. On sait que le sac postal qui a explosé allait partir en direction de Créteil, dans le Val-de-Marne… En s’appuyant sur les bureaux de poste de la ville, ils font passer des messages : quelqu’un attendait-il un colis qui n’est jamais arrivé ? Aucune réponse.

         Une piste irlandaise? :
L’affaire sera finalement classée sans suite en 1997 par le juge d’instruction Jean-Louis Bruguière. Les enquêteurs n’ont pas réussi à résoudre le mystère de la poste du Louvre. Un élément étrange a néanmoins attiré notre attention dans ce dossier. Parmi les débris collecté dans le sac postal explosé – sans que l’on sache si oui ou non cet élément a un lien avec le colis piégé – un exemplaire du journal L’Intransigeant a été retrouvé. Ce journal, qui est paru à Paris entre 1880 et 1948, a une réputation sulfureuse. Il a accueilli, en septembre 1934 une interview d’Adolf Hitler dans laquelle ce dernier réaffirmait ses “positions pacifistes”…
Nous avons retrouvé l’exemplaire du 29 décembre 1937, le même que celui qui était dans le sac postal de la Poste du Louvre. On peut consulter ce journal en ligne grâce à la BNF. En Une, nous apprenons que Maurice Ravel est mort dans la nuit, et qu’un lycéen est devenu « bandit » par amour ! Une demi-page est consacrée aux petites annonces… Nous avons tout lu… et nous n’avons rien trouvé susceptible de nous éclairer sur la présence de ce journal dans le sac postal.
Hormis peut-être la date… Le 29 décembre 1937 est le jour où l’Irlande est devenue indépendante.

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